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Kotor · La crête de Vrmac, au-dessus de Tivat

Le fort de Vrmac : bombardé, puis réparé

Un pentagone de béton à 480 mètres d'altitude, quatre coupoles Škoda sur le toit, bombardé deux années durant par une armée qu'il ne pouvait atteindre — et remis en état dès que cette armée fut repoussée.

Lecture ~8 min4 références sourcéesDessin des phases interprétatif, non un relevé42.4181° N · 18.7256° E

Comment lire cet article

Archaeologists record a building as a phase plan: every construction period gets its own colour, and the building is drawn as the sum of its phases. That convention is the colour system of this whole page. Wherever you see one of these colours — in the drawing, the timeline, the annotations, the rule beside a paragraph — it tells you who built that.

  • Austro-hongrois1860-1918
  • Période yougoslave et monténégrine1918 à aujourd'hui

Who held it, drawn to scale · 166 years

1860today

Cinquante-huit ans de service impérial et un siècle d'abandon. Vrmac était obsolète presque au moment même de son achèvement — sort ordinaire des fortifications très coûteuses.

The phase drawing

Un pentagone irrégulier

Vrmac se donne à lire en plan, car un fort de la fin du XIXe siècle est un problème de géométrie : une forme sans angle mort, ceinturée d'un fossé, où chaque pièce couvre l'approche de la suivante. Faites défiler pour la voir se construire.

Interpretive phase plan of Fort VrmacA plan of the fort on the Vrmac ridge: the dashed trace of the first position of 1860, the irregular pentagon rebuilt in 1894–97 with its surrounding ditch, four circular Škoda cupolas on the roof, howitzer casemates along the front with machine-gun mounts behind them, and finally the dashed tracks of Montenegrin shellfire arriving from the west with the impacts it made.

La première position de 1860, tracée en pointillé.

1860

Une première position sur la crête

Le site est fortifié dès 1860, dans la première vague d'ouvrages autrichiens autour de la baie. Ce que l'on voit aujourd'hui n'est pas ce fort-là : c'est son remplaçant, sur le même terrain dominant.

1894-1897 · Reconstruit

Du béton, et un fossé sur tout le pourtour

Reconstruit et agrandi entre 1894 et 1897 en pierre et béton armés, dans le style de la « période Vogl » autrichienne. Le plan est un pentagone irrégulier sur deux niveaux, entouré d'un fossé défensif — une forme dont aucun angle ne peut être abordé sans être vu.

Les coupoles

Quatre dômes d'acier venus de Plzeň

Quatre coupoles d'acier tournantes, chacune armée d'un canon de 10 cm PH M05, sorties des usines Škoda de Plzeň. La tourelle résume toute la logique d'un tel fort : le canon est protégé par le blindage et non par la maçonnerie, et seule la bouche est jamais exposée.

Le reste de l'armement

Huit obusiers et douze mitrailleuses

Huit obusiers de 15 cm MinSchKan M 80/85 en casemates le long du front, et douze affûts de mitrailleuse sur le toit. Une garnison de cinq officiers et 177 hommes y vivait.

1914-1916 · Sous le feu

Deux ans de bombardement, puis une remise en état

Pendant la Première Guerre mondiale, Vrmac essuie un bombardement nourri venu du territoire monténégrin, par des canons allant jusqu'au calibre 24 cm, et se trouve gravement endommagé. Lorsque les Autrichiens prennent le Lovćen au printemps 1916 et repoussent l'artillerie monténégrine hors de portée, les dégâts sont intégralement réparés.

Le récit

Un problème de géométrie coulé dans le béton

Forte Mare répond à une entrée de baie. Španjola répond à une colline. Le fort de Vrmac, lui, répond à une tout autre question : comment bâtir ce qu'un canon rayé moderne ne peut détruire ?

La réponse, dans les années 1890, fut de cesser de bâtir en hauteur. Vrmac se tient à 480 mètres sur la crête qui partage les bouches de Kotor en deux moitiés presque égales : bas, large, enterré — pierre et béton armés, deux niveaux, un pentagone irrégulier ceinturé d'un fossé. Ni donjon, ni créneaux, rien à abattre. Les Autrichiens appelaient cela la période Vogl, et tout son principe tenait en ceci : offrir le moins de prise possible.

Le site était fortifié depuis 1860 ; le fort visible aujourd'hui a été reconstruit et agrandi entre 1894 et 1897. Sa modernité tenait à l'armement : quatre coupoles d'acier tournantes des usines Škoda de Plzeň, chacune avec un canon de 10 cm, huit obusiers de 15 cm en casemates et douze affûts de mitrailleuse sur le toit. Cinq officiers et 177 hommes y vivaient.

Le fort de Vrmac en 2024 : une longue forteresse basse de pierre grise et de béton sur une crête découverte, sa façade percée d'ouvertures de casemates, l'herbe envahissant le toit et les pentes boisées de la crête de Vrmac à l'arrière-plan.
  • Le front. Pierre et béton armés, selon le modèle employé par les Autrichiens tout au long des années 1890. Les ouvertures que l'on y voit sont des casemates pour les obusiers de 15 cm, non des fenêtres.
  • L'emplacement des coupoles. Quatre tourelles Škoda tournantes se dressaient sur le toit, chacune armée d'un canon de 10 cm. Leur blindage valait plus cher que le bâtiment qui les portait : d'où le très petit nombre de survivantes, partout.
  • Le fossé. Un fossé défensif fait le tour complet du pentagone, battu depuis les caponnières placées à ses angles. L'assaillant qui parvient au mur doit d'abord descendre dans le fossé — et le fossé est balayé par le feu sur toute sa longueur.
  • D'où venaient les obus. Les batteries monténégrines installées sur les hauteurs à l'ouest ont bombardé ce fort deux années durant, avec des pièces allant jusqu'au 24 cm. La garnison ne put les atteindre qu'après la prise du Lovćen par les Autrichiens, en 1916.
  • Laissé ouvert. Ni clôture, ni billet, ni éclairage. Vrmac est l'un des forts austro-hongrois les plus complets de cette côte, et l'un des moins entretenus.
Le fort de Vrmac sur sa crête, à 480 mètres au-dessus de la baie. Photographie d'Alexkom000, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Sélectionnez un repère pour lire l’annotation.

1914 – 1916

Bombardé par une armée qu'il ne pouvait atteindre

Pendant la Première Guerre mondiale, le fort a fait exactement ce pour quoi il avait été conçu : encaisser les coups et continuer de fonctionner.

Les batteries monténégrines installées sur les hauteurs à l'ouest ont pilonné Vrmac avec des pièces allant jusqu'à 24 cm de calibre. Le fort fut gravement endommagé. Sa garnison ne pouvait réduire au silence les canons qui la bombardaient, car ceux-ci se trouvaient sur une montagne que les Autrichiens ne tenaient pas.

Tout changea au printemps 1916, lorsque les Autrichiens s'emparèrent du Lovćen et repoussèrent l'artillerie monténégrine hors de portée. Les dégâts furent alors intégralement réparés — façon discrète de dire que deux années de bombardement par les pièces les plus lourdes disponibles n'avaient pas mis le fort définitivement hors service.

La forteresse fut gravement endommagée puis, une fois les Monténégrins repoussés hors de portée, les dégâts furent intégralement réparés.

La Première Guerre mondiale au fort de Vrmac, en une phrase

Après 1918

Obsolète dès son achèvement

L'empire qui construisit Vrmac survécut vingt et un ans à l'achèvement du fort. C'est l'ironie récurrente de la fortification tardive partout en Europe : plus l'ouvrage est sophistiqué et coûteux, plus brève est la période où il compte.

Les coupoles ont disparu depuis longtemps — un blindage de cette qualité a toujours valu davantage comme ferraille que le bâtiment comme bâtiment. Ce qui reste, c'est le béton : le pentagone, le fossé, les casemates et les puits de tourelle vides, sur une crête ouverte, sans clôture ni billet d'entrée.

C'est l'un des forts austro-hongrois les plus complets de cette côte, et l'un des moins entretenus. À lire en regard de Mamula, de quarante ans son aîné et aujourd'hui transformé en hôtel : on tient là toute la gamme des destins de l'architecture militaire quand la guerre pour laquelle elle fut bâtie n'arrive jamais tout à fait.

1860 → aujourd’hui

La chronologie complète

Uniquement des événements datés. Lorsque les sources divergent, le désaccord est signalé dans la notice plutôt que tranché en silence.

siege or conquestbuilding workeverything else

Austro-hongrois

1860–1918
  • 1860

    La crête est fortifiée

    Un premier ouvrage à l'extrémité sud de la crête de Vrmac, dans le cadre du premier programme autrichien autour de la baie.

  • 1894–1897

    Reconstruit en fort cuirassé

    Pierre et béton armés, pentagone irrégulier sur deux niveaux, entouré d'un fossé. Quatre coupoles Škoda avec canons de 10 cm PH M05 ; huit obusiers de 15 cm MinSchKan M 80/85 en casemates ; douze affûts de mitrailleuses.

  • 1914–16

    Bombardé depuis le territoire monténégrin

    Par des pièces allant jusqu'à 24 cm de calibre. Garnison de 5 officiers et 177 hommes. Le fort est gravement endommagé.

  • printemps 1916

    Le Lovćen tombe, et le bombardement cesse

    Les Autrichiens repoussent l'artillerie monténégrine hors de portée et les dégâts sont intégralement réparés.

Yougoslave

1918–1991
  • 1918

    La fin de l'empire

    Le fort passe au nouvel État yougoslave, avec le reste des défenses de la baie.

Monténégrin

1991–aujourd'hui
  • aujourd'hui

    Ouvert, sans éclairage, sans gestion

    L'un des forts austro-hongrois les plus complets de la côte. Les coupoles ont disparu ; le béton, non.

Rectifications

Ce que l’internet rapporte de travers

Ces affirmations circulent largement en ligne et ne résistent pas à la vérification. Si vous avez lu ailleurs au sujet de Fort Vrmac, vous en avez probablement rencontré au moins une.

Deux forts

Vrmac n'est pas le fort Trojica.

Il existe plus d'un ouvrage autrichien sur les hauteurs autour de Kotor, et les photographies se confondent. Vrmac, c'est le pentagone sur la crête entre Kotor et Tivat, à environ 480 m.

Des dates divergentes

1860, ou 1894–97.

Les deux sont exactes et ne disent pas la même chose : le site fut fortifié pour la première fois en 1860, et le fort visible aujourd'hui a été reconstruit et agrandi en 1894–97.

À vérifier avant de partir

C'est une ruine sans éclairage.

Ni clôture, ni signalisation, ni lumière, et des puits ouverts là où se dressaient les tourelles. Prenez une lampe torche et regardez où vous mettez les pieds.

Sources et documentation visuelle

Les dates et les interprétations renvoient aux sources d’archives et de recherche ci-dessous. Lorsqu’elles divergent, la divergence est nommée dans le texte plutôt que gommée.

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