La cathédrale Saint-Jovan-Vladimir, c’est l’église blanche à deux clochers et à coupole dorée qui se dresse au milieu d’une oliveraie, en plein cœur de la ville neuve de Bar, et elle a très exactement dix ans cette semaine : elle a été consacrée le 25 septembre 2016, pour le millième anniversaire de la mort du souverain de Duklja dont elle porte le nom. Trente-sept ans se sont écoulés entre la première demande de terrain et la première liturgie, ses murs portent près d’un demi-hectare de fresque véritable, et l’histoire de son saint a été mise par écrit dans cette même ville, il y a sept siècles, par l’archevêque catholique de Bar. Ce guide s’appuie sur la chronique de la paroisse, le récit du peintre en chef, la presse municipale et ecclésiastique, et notre visite du 20 septembre 2026.
Recherches vérifiées le 22 septembre 2026, pour l’essentiel auprès du site paroissial hrambar.com. Les horaires des offices sont ceux publiés par la paroisse ; aucune plage de visite n’est affichée, et l’église est d’abord un lieu de culte.

La cathédrale en bref
| Question | Réponse |
|---|---|
| Nom | Saborni hram Svetog Jovana Vladimira — la cathédrale Saint-Jovan-Vladimir, orthodoxe serbe, métropole du Monténégro et du Littoral |
| Où | Jovana Tomaševića 38, Topolica, centre de Bar ; 42,1012 N, 19,0942 E. Le palais du roi Nikola est à 240 m, le port des ferries à 640 m, les gares routière et ferroviaire à environ 1,7 km |
| Construction | Pierre angulaire le 4 juin 2002 ; permis et fouilles en 2006 ; premier béton le 3 juillet 2009 ; croix sur la coupole le 28 octobre 2012 ; consécration le 25 septembre 2016 |
| Dimensions | 54 × 36,8 m, une emprise au sol de 1 370 m², 44,5 m jusqu’à la pointe de la croix, place pour environ 1 200 personnes. La paroisse la dit la plus grande église orthodoxe du Monténégro ; d’autres sources la classent deuxième, derrière Podgorica |
| À l’intérieur | Environ 4 800 m² de fresque véritable, peints en moins d’un an et demi par cinq équipes dirigées par Anastasije Radović ; une iconostase de marbre de 18,5 m ; un sol en mosaïque de 1 700 m² dessiné par Dušan Stanojević ; une crypte dédiée à saint Alexandre Nevski |
| Cloches | Onze, fondues à la fonderie Vera de Voronej, de 800 kg à 10 kg, accordées comme une gamme |
| Offices | Liturgie à 9 h le dimanche et les jours de fête, à 8 h les autres jours ; matines à 8 h le dimanche ; vêpres tous les jours à 18 h (20 h en été) |
| Fête patronale | Le 4 juin (22 mai dans le calendrier julien), avec une procession le soir dans les rues de Bar ; l’anniversaire de la consécration est célébré fin septembre |
| Entrée | Aucun tarif n’est publié nulle part ; l’église est ouverte autour des offices. Aucune règle sur la photographie n’est affichée — demandez, et jamais pendant un office |
Trente-sept ans pour une église
La ville moderne de Bar a été tracée sur son site actuel en 1976, à quatre kilomètres de la vieille ville abandonnée en 1878, et, de l’aveu même de la paroisse, elle est devenue une ville planifiée, faite de boulevards, mais sans église. La première demande de terrain a été déposée par le prêtre Bogić Femić peu après le tremblement de terre de 1979. Les autorités lui ont proposé un emplacement « quelque part sur les pentes des collines environnantes, le plus loin possible du centre » ; le vieux métropolite Danilo a adressé quatre requêtes à la municipalité, et son évêque vicaire une, en vain.
La rupture est venue en 1991. Un comité d’initiative s’est constitué le 17 mars, avec la bénédiction du nouveau métropolite, Amfilohije. Le 12 mai, jour de saint Basile d’Ostrog, le père Bogić est monté sur la première dalle du futur bâtiment d’accueil du monastère de Ribnjak et a appelé les habitants de Bar à protester. Puis il a porté une table et une chaise sur la place principale et s’y est assis trois jours durant, sans manger ni boire, sous une pancarte écrite à la main : « Je demande une place pour l’église de Dieu, je demande une place pour la prière. » Plus de 5 000 personnes ont signé le cahier posé sur sa table — plus de la moitié de la ville, note la paroisse, et pas seulement ses orthodoxes : des catholiques romains et des musulmans ont signé eux aussi. Un rassemblement devant l’assemblée municipale a suivi, et la municipalité a accordé à l’Église un peu plus de deux hectares dans le centre de Bar, à côté de la poste et de l’hôtel Topolica.
Une croix de bois a été plantée sur le terrain cet été-là, remplacée par une croix de béton à la Saint-Nicolas ; pendant des années, le père Bogić a célébré les vêpres devant cette croix la veille de chaque dimanche et de chaque fête, par le vent comme sous la pluie, et la liturgie à Saint-Nicolas de Stari Bar. La pierre angulaire a été posée le 4 juin 2002, jour de la fête du saint. Le permis de construire est arrivé le 24 août 2006 et les fouilles ont commencé en octobre, mais l’argent a manqué et le chantier s’est arrêté — jusqu’en mai 2009, quand Amfilohije a formé un comité de construction dirigé par l’ingénieur Momčilo Stanojević, qui achevait alors la cathédrale de Podgorica. Le premier béton a été coulé dans le radier le 3 juillet 2009 ; le 29 août, le métropolite célébrait la liturgie sur la dalle nue ; à Pâques 2010, la crypte était en service. Les habitants de Bar ont payé l’essentiel eux-mêmes, lors de soirées de donateurs — « énormément d’argent est parti dans les fondations, la phase du chantier qui se voit à peine et qui coûte cher », dit la chronique paroissiale. « Les gens de Bar ont donné sur la confiance. »
| Date | Étape |
|---|---|
| 1979–1980 | Le père Bogić Femić demande un terrain après le tremblement de terre ; refus |
| 17 mars 1991 | Constitution du comité d’initiative sous l’égide du métropolite Amfilohije |
| Mai 1991 | Grève de la faim de trois jours sur la place ; 5 000 signatures ; le terrain de Topolica est accordé |
| 4 juin 2002 | Pose de la pierre angulaire, le jour de la fête du saint |
| 24 août 2006 | Permis de construire ; les fouilles commencent le 3 octobre |
| 3 juillet 2009 | Premier béton dans le radier ; comité de construction dirigé par Momčilo Stanojević |
| Pâques 2010 | La crypte Saint-Alexandre-Nevski entre en service |
| 28 octobre 2012 | La croix est posée sur la coupole centrale ; le gros œuvre est achevé |
| Mai 2015 | Début de la peinture des fresques |
| 25 septembre 2016 | Consécration par le patriarche Théophile III de Jérusalem |
| 25–26 septembre 2026 | Dixième anniversaire : présentation d’un livre, liturgie, concert |
La consécration du 25 septembre 2016 avait été fixée pour le millième anniversaire du martyre du saint. Elle a été présidée par Théophile III, patriarche de Jérusalem et de toute la Palestine — première visite d’un patriarche de Jérusalem au Monténégro —, concélébrée par le patriarche serbe Irénée, l’archevêque Anastase de Tirana et de toute l’Albanie et l’archevêque Jean d’Ohrid. Dix-huit archevêques et métropolites des Églises orthodoxes, douze évêques serbes, ainsi que des représentants des Églises macédonienne et arménienne, de l’Église catholique romaine et de la communauté islamique y assistaient ; la presse a compté quelque 5 000 fidèles. Des parcelles de trois reliques ont été scellées dans la table d’autel : celles de saint Sabas le Sanctifié, apportées par Théophile, celles des martyrs de Jasenovac et celles de saint Jovan Vladimir lui-même. La croix de saint Jovan Vladimir a été sortie de sa cachette pour la journée. Un nouvel ordre de Saint-Jovan-Vladimir a été remis pour la première fois au déjeuner qui a suivi — au patriarche et aux archevêques, à la famille du père Bogić, disparu, à Mile Andrović, doyen de la famille qui garde la croix, et aux deux architectes ainsi qu’au maître d’œuvre.
Le bâtiment
L’avant-projet est de Predrag « Peđa » Ristić, l’architecte d’églises le plus prolifique du monde orthodoxe serbe de la fin du XXe siècle, et le projet d’exécution de Svetislav Popović ; Stanojević, qui a dirigé le chantier, porte le titre de protoneimar de l’église, maître d’œuvre. Le style est le serbo-byzantin des églises médiévales des écoles de la Raška et de la Morava, à une échelle qu’aucune d’elles n’a tentée : 54 mètres de long, 36,8 de large, 1 370 mètres carrés au sol et 44,5 mètres jusqu’au sommet de la croix de la coupole centrale, avec de la place pour environ 1 200 personnes.
La paroisse la présente comme la plus grande église du Monténégro, « plus grande de quelques mètres carrés que la cathédrale de Podgorica » ; la Wikipédia serbe donne un écart de 100 m² et de 3 m de hauteur. La presse belgradoise, au moment de la consécration, la classait deuxième derrière Podgorica, et un journal de Bar la dit la plus grande église orthodoxe de la côte adriatique. La réponse honnête, c’est qu’elle et la cathédrale de la Résurrection de Podgorica sont les deux plus grandes du pays, et que l’ordre dépend de ce que l’on mesure. La croix dorée de la coupole, à plus de 40 mètres de hauteur, mesure 4,6 mètres et pèse environ 380 kilos ; c’est une réplique de la croix de saint Jovan Vladimir, et sa pose, le 28 octobre 2012, a marqué la fin du gros œuvre.
Les deux clochers ne sont pas décoratifs : ils sont dédiés, l’un aux saints Constantin et Hélène, l’autre aux saints Cyrille et Méthode, et ils abritent à eux deux onze cloches coulées pendant le chantier à la fonderie Vera de Voronej — une usine militaire reconvertie qui fabriquait autrefois des lance-roquettes Katioucha. La plus grosse pèse 800 kg et porte une icône du saint ainsi que des textes évangéliques ; la plus petite fait 10 kg ; ensemble, elles forment une gamme sur laquelle on peut sonner des mélodies. Onze, ajoute la paroisse, n’est pas le nombre prévu au bout du compte.
Tout ce qui pouvait être en pierre l’est. L’iconostase mesure 18,5 mètres de long, en marbre blanc de Macédoine, en onyx de Sijarinska Banja et en une pierre italienne que les tailleurs appellent gvatamala ; le sol est une mosaïque d’environ 1 700 m², dessinée par l’architecte Dušan Stanojević ; les fenêtres — 1 240 oculi à elles seules —, la table d’autel et le trône épiscopal sont de pierre ; vingt-huit colonnes en sont revêtues ; il y a sept portes de bronze et neuf de bois. Les tailleurs de pierre, conduits par Ivan Stefanović et Dragiša Krkeljić, ont travaillé trois ans, jusqu’à dix à la fois. Les dallages et les allées autour de l’église — le parvis que l’on traverse pour atteindre les portes, avec son médaillon de pierre devant la porte occidentale — sont en pierre rouge et grise de Nikšić, et tout l’enclos est ceint d’un muret de pierre, à hauteur de genou, surmonté d’une grille en fer forgé. Sous l’ensemble se trouve la crypte, dédiée à saint Alexandre Nevski, en usage liturgique depuis 2010 et qui sert aujourd’hui à la vie paroissiale jusqu’aux collectes de sang ; sur le plateau devant la cathédrale s’élève une petite chapelle dédiée à Njegoš, où la liturgie se déplace quand l’église principale ne peut pas être utilisée.
Les fresques : un demi-hectare sur la chaux fraîche

Ce qui rend l’intérieur singulier, ce n’est pas sa taille, mais sa technique. Les murs — 4 860 m² selon le décompte de la paroisse, « environ 4 800 » selon celui du peintre en chef, « près d’un demi-hectare » dans les deux cas — sont peints à fresque véritable, le pigment posé sur un enduit de chaux encore humide, une méthode que les peintres disent délaissée depuis trois cents ans. La chaux de cet enduit doit avoir au moins quatre ans et s’améliore en vieillissant ; dans les anciens fours à chaux près de Spuž, où l’on extrait aujourd’hui du marbre, ils ont trouvé de la chaux vieille de plus de quarante ans. Une fresque sur une chaux de cette qualité ne pâlit pas, affirme la chronique paroissiale, et continue de mûrir pendant deux cents ans. Cinq équipes dirigées par le fresquiste Anastasije Radović ont travaillé presque jour et nuit à partir de mai 2015 ; sa propre équipe, avec Vuk Dabetić, a réalisé environ les quatre cinquièmes de la surface, tandis que Miloš Janićijević, Damir Mladenović et Boris Markuš peignaient des zones distinctes. À la consécration, 90 % environ étaient achevés. Quelque 800 m² — deux absides du rez-de-chaussée et deux tribunes — restaient à faire ; aucune des sources que nous avons trouvées ne dit si cela a été terminé depuis. Pour donner l’échelle, faisait remarquer Radović, Dečani, dont la surface intérieure est à peu près la même, a demandé seize ans.
Le programme se lit du haut vers le bas. La coupole centrale, à 40 mètres, porte l’Ascension du Seigneur plutôt que le Pantocrator ; au-dessous, la Mère de Dieu avec les douze apôtres, puis les quatre évangélistes — environ 600 m² de peinture rien que dans la coupole. La cathédrale possède un véritable narthex, rareté architecturale dans la région, et la coupole de celui-ci, de 200 m², reçoit la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte, tandis que les murs verticaux du dessous sont donnés aux saints « égaux aux apôtres » de toutes les nations de la terre : environ 130 saints sur un mur et 130 sur l’autre. Dans l’abside du sanctuaire, la Mère de Dieu « plus vaste que les cieux » occupe à elle seule 80 m². Les icônes de l’iconostase sont peintes à l’ancienne sur bois de tilleul, avec des nimbes à la feuille d’or brunie comme un miroir.

L’oliveraie et le parvis
La cathédrale ne se dresse pas au milieu d’un parking. Elle se dresse dans une oliveraie, sur les deux hectares que la ville a cédés en 1991 — et l’oliveraie est plus jeune que l’église. Le terrain portait de vieux arbres : pendant le chantier, le métropolite Amfilohije a offert au monastère de Tvrdoš, en Herzégovine, un olivier du site estimé à plus de 330 ans, qui y pousse aujourd’hui comme un souvenir. Ce qui entoure la cathédrale, désormais, c’est une plantation d’une centaine de jeunes oliviers, dessinée dans le cadre de l’aménagement paysager et assez réussie pour qu’en novembre 2021 le jury de la Maslinijada de Bar, la fête de l’olive, décerne à l’oliveraie de la cathédrale son prix de la meilleure jeune plantation du district et la qualifie de domaine modèle pour les jeunes oléiculteurs. Les arbres de ces photographies ont donc une dizaine d’années, dans une ville née dans les années 1970 au milieu d’oliveraies plusieurs fois centenaires. Une croix blanche se dresse parmi eux, devant la porte occidentale.

Les 2 800 m² d’aménagements extérieurs ont donné le parvis dallé devant la porte occidentale, et ce parvis est une scène publique depuis le premier jour : la consécration y a été suivie d’un programme culturel et, le lendemain soir, d’un concert de Jelena Tomašević ; les présentations de livres de la paroisse se font « dans la porta » ; le livre du dixième anniversaire y est lancé le 25 septembre 2026. Sur le plateau, à côté de la chapelle Njegoš, se dresse un buste en bronze du roi Nikola Ier, posé sur un bloc de pierre descendu du Lovćen, œuvre du sculpteur belgradois Miodrag Živković avec Dragan Radenović, inauguré et béni par le métropolite Amfilohije le 9 janvier 2018 pour le 140e anniversaire de la libération de Bar face aux Ottomans ; sa plaque porte quatre vers du poème du roi « Le poète et la vila », qui s’achèvent sur son regard posé « sur la mer serbe » — un choix appuyé dans cette ville, même si aucune polémique publique à ce sujet n’a été rapportée. C’est l’un des deux monuments royaux du centre de Bar, à ne pas confondre avec l’autre : le Trg Vladimira i Kosare, la place Vladimir-et-Kosara, à quelques minutes à pied, abrite le bronze de quatre mètres de Nenad Šoškić représentant « le roi Jovan Vladimir », daté de 2001, et, depuis son réaménagement de 2022, une fontaine ; le jour de la fête patronale, la procession va de la cathédrale à la place et en revient.

Qui était Jovan Vladimir — et pourquoi Bar
Jovan Vladimir a régné sur la Duklja, la principauté du lac de Skadar et du littoral qui allait devenir le Monténégro, à partir de l’an mil environ, ayant hérité de son père Petrislav alors qu’il était encore enfant ; sa cour se tenait sur la colline de Kraljič, près de Koštanjica, au-dessus du lac. Quand le tsar Samuel de Bulgarie attaqua en 1009 ou 1010, Vladimir se rendit — pour épargner à son peuple « la famine et le glaive », dit la chronique — et fut emprisonné à Prespa, où Kosara, la fille de Samuel, tomba amoureuse de lui et obtint leur mariage ainsi que son retour en Duklja comme vassal de Samuel. À la mort de Samuel, son neveu Ivan Vladislav s’empara du trône et convoqua Vladimir à Prespa, en lui envoyant une croix d’or comme gage de sécurité. La réponse de Vladimir est le cœur de son histoire : « Notre Seigneur Jésus-Christ, qui a souffert pour nous, n’a pas été crucifié sur une croix d’or ni d’argent, mais sur une croix de bois. Si ta foi et tes paroles sont sincères, envoie-moi une croix de bois par des hommes de religion, et je viendrai. » Deux évêques et un ermite apportèrent la croix de bois ; il la baisa, partit, pria dans l’église de Prespa et fut abattu par les soldats de Vladislav sur le seuil. La chronique donne le jour, le 22 mai, mais pas l’année ; la chronologie byzantine fournit 1016, tandis que les textes liturgiques de l’Église serbe disent 1015 — ce qui fait du millénaire de 2016 un choix en soi. Il fut reconnu martyr et saint presque aussitôt, par acclamation, premier souverain d’un État serbe à l’être — et il est revendiqué avec une conviction égale comme saint bulgare, inscrit parmi les « anciens tsars bulgares » dans le Synodikon de Boril de 1211, et comme le premier saint albanais. Ces trois lectures sont vivantes aujourd’hui encore.
Le seul témoin quasi contemporain, l’historien byzantin Jean Skylitzès, ne donne rien de tout cela — ni Kosara, ni croix, ni date, seulement « un homme d’intégrité, de paix et de vertu » qui fit confiance à un serment et fut tué. Le récit que tout le monde connaît vient du chapitre 36 de la Chronique du prêtre de Duklja, le Ljetopis popa Dukljanina, et c’est là que la cathédrale trouve son attache la plus profonde dans cette ville : cette chronique a été écrite à Bar, entre 1299 et 1301, par Rudger, archevêque catholique romain de Bar, qui résumait une Vie du saint du XIe siècle aujourd’hui perdue, composée à l’époque où les souverains de la Duklja demandaient au pape d’élever l’évêché de Bar au rang d’archevêché. Le saint de la cathédrale orthodoxe a donc d’abord été mis par écrit par un archevêque catholique de la même ville — et n’a jamais été reconnu comme saint par Rome. Bar le garde depuis lors comme son protecteur céleste.
La croix, la montagne et les reliques
La croix de bois du récit a survécu, ou du moins une croix : du bois d’if plaqué d’argent, 45 centimètres sur 38 et 2,5 d’épaisseur, avec une boule de laiton sur le bras inférieur pour recevoir une hampe. Elle est gardée depuis des siècles par la famille Andrović de Velji Mikulići, au-dessus de Bar — remise à elle, dit la tradition, par les Mrkojevići lorsque ce clan est passé à l’islam et a jugé qu’une maison chrétienne convenait mieux. Entre deux fêtes, elle est conservée en un lieu tenu secret ; autrefois, seuls les deux hommes les plus âgés de la famille le connaissaient, et depuis 2000 environ c’est un comité familial qui la garde. Le dimanche de la Trinité, après une liturgie de minuit à Saint-Nicolas de Velji Mikulići, un Andrović la porte en tête d’une procession qui gravit le sentier raide jusqu’au sommet de la Rumija, la montagne derrière Bar, à 1 593 mètres. Nul ne peut passer devant la croix. Chaque pèlerin porte une pierre, dans la croyance que l’église de la Sainte-Trinité détruite par les Ottomans au sommet sera rebâtie quand on aura monté assez de pierres, et les marcheurs psalmodient : « Je porte la croix, je prie Dieu, Seigneur aie pitié. » Les catholiques et les musulmans du district y ont traditionnellement pris part ; autrefois, le porte-étendard musulman des Mrkojevići marchait à côté de la croix, un couteau dans la main droite, contre quiconque tenterait de s’en emparer. La Yougoslavie a découragé la procession, qui n’a pas eu lieu entre 1959 et 1984.
En 2005, cette tradition partagée est devenue un conflit. Le 18 juin, une église métallique préfabriquée de trois tonnes a été déposée au sommet par un hélicoptère de l’armée ; Amfilohije l’a consacrée le 31 juillet. L’État en a ordonné le retrait en 2009 sans jamais faire appliquer la décision ; un sondage de 2011 donnait 43 % d’opposants à la démolition et 24 % de partisans ; en 2018, la petite église a été habillée des pierres que les pèlerins avaient montées. Le Monténégro a depuis classé le culte de saint Vladimir comme bien culturel immatériel protégé, en désignant la famille Andrović comme porteuse de la tradition — et a inscrit le « déplacement de l’église hors du sommet de la Rumija » parmi les mesures de protection. Les reportages divergent sur la question de savoir si les voisins catholiques et musulmans montent encore avec la croix comme autrefois ; une étude de terrain de 2024 parue dans la revue Fieldwork in Religion s’intitule, de façon éloquente, « Carrying the Cross of Discord ». La cathédrale fait face à la montagne, et la procession appartient à son année ; c’est un patrimoine vivant, non un tableau folklorique.
Le corps du saint n’est pas à Bar. Kosara le fit transporter de Prespa au monastère de Prečista Krajinska, au-dessus du lac de Skadar, où elle fut ensuite enterrée à ses côtés sous le nom de moniale Théodora ; vers 1215, les reliques partirent pour Durrës, et à partir de 1381, quand le seigneur albanais Karl Thopia fit reconstruire près d’Elbasan une église à son nom avec une inscription en grec, en latin et en serbe, elles reposèrent dans le monastère de Saint-Jovan-Vladimir — Shin-Gjon pour ses voisins albanais —, où chrétiens et musulmans viennent encore le 4 juin. Sous le communisme albanais, le reliquaire a rejoint une église-musée d’Elbasan (1967), puis la cathédrale orthodoxe de Tirana et le Musée national d’histoire, avant de revenir au monastère en 2021. Des articles monténégrins de 2016 situaient la tête au monastère bulgare de Zograf, au mont Athos, et un avant-bras à Saint-Nicolas d’Ohrid. Ce que Bar possède, ce sont des parcelles : scellées dans l’autel lors de la consécration, et une exposée dans l’église pour la vénération. Le reliquaire principal n’est pas venu pour la consécration ; l’Église albanaise n’a pas pu obtenir les autorisations.
L’année de la cathédrale
La paroisse publie son calendrier : divine liturgie à 9 h le dimanche et les jours de fête et à 8 h les autres jours, matines à 8 h le dimanche et les jours de fête, vêpres tous les jours à 18 h (20 h pendant les mois d’été), avec l’acathiste à la Mère de Dieu après les vêpres du vendredi. La fête patronale tombe le 4 juin, et elle sert d’axe à une semaine de « Journées de saint Jovan Vladimir » qui relie la cathédrale à tous les lieux vladimiriens du district : liturgie sur la Rumija et dans la cathédrale le dimanche de la Trinité, au monastère en ruine de Ratac, à Prečista Krajinska à Ostros, à l’église en ruine de Tous-les-Saints de Veliki Pijesak, une collecte de sang dans la crypte, des présentations de livres dans l’oliveraie. Le soir de la fête elle-même, une procession sort par la porte occidentale et parcourt les rues de la ville neuve de Bar — IV Crnogorske brigade, Jovana Tomaševića, Vladimira Rolovića, le nouveau boulevard, Branka Čalovića, Makedonska, Rista Lekića, Bulevar revolucije — avec la lecture de l’Évangile à quatre stations : au Trikonhos paléochrétien, au carrefour du Bulevar 24. novembra, devant l’hôtel de ville et devant l’église. La veille de Noël, le badnjak, la bûche de Noël, est déposé devant la porte occidentale à 15 h et le métropolite célèbre ; le jour de Noël, les matines sont à 7 h et la liturgie à 8 h.
L’anniversaire de la consécration est célébré chaque mois de septembre. Celui de cette année est le dixième : le vendredi 25 septembre 2026 à 19 h, un livre commémoratif, Dugo očekivani dan — « Le jour tant attendu » —, est présenté dans l’enceinte de la cathédrale en présence du métropolite Joanikije ; le samedi 26 septembre, le métropolite préside la liturgie à 9 h, et à 20 h l’ensemble Fenečki biseri donne un concert au centre culturel.
La cathédrale a aussi été le point de rassemblement, à Bar, des processions de 2019-2020 contre la loi monténégrine sur les communautés religieuses, dont les articles contestés auraient transféré à l’État les biens ecclésiastiques antérieurs à 1918. Construite entre 2006 et 2016, la cathédrale n’était elle-même pas en cause ; mais le 12 janvier 2020, après la liturgie, quelque 2 000 personnes selon la police et 6 000 à 7 000 selon les organisateurs ont marché de ses portes jusqu’au Trg Vladimira i Kosare et retour, derrière le métropolite Amfilohije, pacifiquement, lors du plus grand rassemblement que la ville eût connu depuis le début des protestations. Les articles contestés ont été supprimés par le nouveau parlement le 29 décembre 2020.
Visiter
La cathédrale se trouve au 38 de la rue Jovana Tomaševića, à Topolica, au centre de la ville neuve de Bar ; le téléphone de la paroisse est le +382 30 308 427, et l’arrêt de bus urbain devant le portail s’appelle tout simplement Hram. Elle est ouverte autour des offices indiqués plus haut — des sites tiers annoncent 7 h à 21 h, un horaire que la paroisse n’a jamais publié : tenez-le pour une supposition — et aucune source ne mentionne de droit d’entrée. Rien n’est affiché au sujet de la photographie : demandez à un membre du personnel, ne photographiez jamais un office ni des fidèles sans leur accord, et coupez le flash. Habillez-vous comme pour n’importe quelle église orthodoxe — épaules et genoux couverts — et si un office, un baptême ou des obsèques sont en cours, attendez dehors ou tenez-vous au fond. Personne n’a publié d’audit d’accessibilité ; le parvis est de plain-pied et les portes occidentales sont au niveau du sol, mais confirmez auprès de la paroisse tout point essentiel.
Tout est proche dans le centre de Bar, et il y a des parkings publics gratuits à deux cents mètres du portail. Le palais du roi Nikola et son parc sont à cinq minutes à pied, la plage de Topolica à quelques minutes de plus, le port des ferries pour Bari et Ancône à onze minutes environ ; les gares routière et ferroviaire, côte à côte au sud-est, sont à quelque 1,7 kilomètre — vingt-trois à vingt-six minutes de marche, ou une courte course en taxi. Le Trikonhos paléochrétien, une église triconque des Ve-IXe siècles, est à 700 mètres ; la co-cathédrale catholique Saint-Pierre à 800 mètres. Stari Bar et la Stara Maslina de Mirovica sont à trois kilomètres et demi ou quatre, et demandent un véhicule. Comptez quarante minutes pour la cathédrale elle-même : le parvis et l’oliveraie, puis la coupole, le narthex et l’abside dans cet ordre, et un dernier pas dehors pour voir la Rumija derrière les coupoles. La ville dans son ensemble est traitée dans notre guide de Bar.
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Sous licence CC BY 4.0. Photographie originale de Montenegro.com, 20 septembre 2026.
Questions fréquentes
La cathédrale Saint-Jovan-Vladimir est-elle médiévale ?
Non. La pierre angulaire a été posée en 2002, la construction s’est déroulée de 2006 à 2016 et l’église a été consacrée le 25 septembre 2016. Son vocable et son style serbo-byzantin regardent vers le Moyen Âge ; le bâtiment, lui, a dix ans.
Est-ce la plus grande église du Monténégro ?
La paroisse l’affirme, à quelques mètres carrés près devant la cathédrale de la Résurrection de Podgorica ; la presse belgradoise, lors de la consécration, la classait deuxième. Elle mesure 54 mètres sur 36,8, s’élève à 44,5 mètres jusqu’à la croix et peut accueillir environ 1 200 personnes. Quel que soit le décompte, c’est la plus grande église orthodoxe de la côte adriatique.
Que représente la peinture de la coupole ?
L’Ascension du Christ, à 40 mètres de hauteur, choisie à la place du Pantocrator qui occupe d’ordinaire une coupole orthodoxe. Au-dessous viennent la Mère de Dieu avec les apôtres et les quatre évangélistes ; la coupole du narthex porte la Pentecôte, et l’abside la Mère de Dieu « plus vaste que les cieux ».
Les reliques du saint sont-elles à Bar ?
Des parcelles le sont : scellées dans l’autel lors de la consécration, et l’une d’elles exposée à la vénération. Les reliques principales se trouvent près d’Elbasan, en Albanie, depuis 1381, avec des séjours à Tirana ; la tête serait à Zograf, au mont Athos, et un avant-bras à Ohrid.
Quand peut-on visiter, et est-ce payant ?
Aucun horaire de visite ni tarif n’est publié. L’église est ouverte autour de ses offices — liturgie à 9 h le dimanche et les jours de fête et à 8 h les autres jours, vêpres à 18 h (20 h en été) — et le culte passe avant le tourisme.
Quelle est la croix que l’on porte au sommet de la Rumija ?
Une croix d’if plaquée d’argent, de 45 centimètres sur 38, tenue pour celle que Jovan Vladimir portait au moment de sa mort, gardée par la famille Andrović de Velji Mikulići et montée au sommet de la Rumija chaque dimanche de la Trinité. Une réplique de cette croix couronne la coupole de la cathédrale.






